vendredi 21 décembre 2012

Une main contre le viol


Campagne contre le viol: une main sur la joue.


Poser une main sur la joue est un signe révélateur d’anxiété, de soucis, de tracas, de tristesse, de tourments, d’abattement, de résignation, de malheur et même de deuil. Dans de nombreux pays d’Afrique, c’est un geste que l’on n’aime pas voir, quelque chose de rédhibitoire car cela renvoie à du négativisme.
Ce geste symbolique sera la métaphore de la modeste et non moins ambitieuse campagne « une main contre le viol » lancée contre ce crime avec la toile comme support. Car on ne peut que fustiger en tant que fille et femme ( mais également jeune garçon ou adolescent) cette intrusion violente, humiliante, traumatisante, rabaissante, douloureuse, terrifiante, écœurante, incompréhensible, déstabilisante, criminelle dans notre corps, dans notre esprit, dans nos pensées, dans nos vies, dans notre dignité d’être humain. 

Trop c’est trop !

Le viol, pourquoi?

Le viol est utilisé comme arme de guerre. Et quelle arme ! Il suffit, entre autre, de faire des recherches sur les protestations de la Guinée de l'ère Dadis Camara ou encore sur la guerre au Congo avec des mots clés comme Goma et Kivu, villes malheureusement connues pour le viol récurrent de ses jeunes filles, mères et femmes âgées...:les images sont atroces, inhumaines, animales! Des femmes violées, mutilées, amputées, recevant des balles dans l’entre jambe pour finir, comme si cela ne suffisait pas, photographiées par leurs assaillants comme un trophée, une relique de guerre ! Des enfants qui assistent au viol de leur mère, des mères à celui de leurs enfants, des maris à ceux de leurs épouses.

Le viol est utilisé comme acte punitif. Des femmes sont violées parce qu’elles osent se mêler aux manifestations à la place Tahir, parce qu’elles sont homosexuelles en Afrique du Sud, parce qu’elles sont habillées de manières jugées indécentes, parce qu’elles s’aventurent dans des ruelles seules, parce qu’elles ne peuvent pas se défendre, parce qu’elles ne soupçonnent pas qu’un membre de leur famille puisse être un prédateur, parce qu’elles sont issues du mauvais parti politique, de la mauvaise religion ou de la mauvaise origine aux yeux du bourreau, parce qu'elles sont mariées de force.

Le viol est utilisé par des dépravés. Dépravés qui profitent de leurs statuts d’instituteurs pour violer des jeunes filles innocentes dans les écoles de Dakar, statut de voisin dans la promiscuité des quartiers de soweto, de père, frère ou oncle dans l’intimité d’une maison familiale de France, statut de richissime et puissant dirigeant dans une chambre d’hôtel luxueuse contre une femme de chambre, statut de femmes cocues voulant humilier ou punir leurs rivales ou domestiques, de mari pour humilier et dominer leur femme, ou encore de policiers dans une allée de Tunis.

Comble du comble !

La femme est souvent fautive ! Pourquoi ? Fallait pas naître femme ! La femme est souvent coupable ! Pourquoi ? C’est l’ordre des choses !


Et le coupable est...!


Oui, par ces temps qui courent, il est dur d’être ce qu'on appelle injustement le sexe faible. Il suffit de demander à cette saoudienne âgée de 23 ans condamnée à un an d’emprisonnement et 100 coups de fouet pour adultère alors qu’elle tentait de se faire avorter après avoir subi un viol collectif.  Cette saoudienne aurait pu être afghane, tunisienne, malienne, pakistanaise, libyenne, syrienne ou nigériane. Peu importe leur origine, ce sont des femmes ! Des victimes idéales ! Que dis-je ! Des coupables idéales.

Jouons pas avec les mots ! Quelle perversité ! Quelle perversité que de travestir un viol en adultère; un viol, en attentat contre la pudeur !
Et puis on acquitte faute de preuves, faute de témoins fiables des criminels de guerre. Et on s’estime digne d’un tribunal international ! Faites votre boulot, identifier les auteurs, les responsables, déplacez vous et revoyez votre travail !

Etait-elle vierge ? Décente ? Seule ? Provocatrice ? Entreprenante ? Ambiguë ? D’une autre ethnie ? D’un village ennemi ? D’un profil inadéquat ? Coquine ? Fille de joie ? Mariée ? Demandeuse... au moment des faits ?...ou encore belle et désirable? Ce dernier exemple en référence à l'affaire Nafissatou Diallo et les remarques ahurissantes autour de sa personne!
Trouver des circonstances atténuantes n'implique pas de tomber dans l'absurde. Le témoignage des jeunes filles, les preuves physiques médicales, la détresse des femmes en zone de guerre, de même, leur droit  de dire non et de changer d'avis à la dernière minute...sont autant de considérations non négligeables! Mais la société a ses sanctions qui sont souvent plus radicales que la justice.

Jouons pas avec les maux !

Oui car il s’agit d’un mal, un travers de nos sociétés. Le viol est un recours lâche, ignoble et aveugle ! Les évidences sont bonnes à rappeler !

Le "Nouvel Observateur" magazine français, a publié en novembre un manifeste pour que la France ouvre enfin les yeux sur la vérité du viol dans sa société. Pour la première fois, des centaines de femmes ont osé en chœur et sans crainte avouer avoir été violées. Elles ont signé  le "manifeste des 313" : je déclare avoir été violée.
Je déclare avoir été violée!
La première signataire à l’origine du texte Clémentine Autain qui n’a jamais tu son viol, a ouvert la voie à de nombreuses autres: la joueuse de tennis Isabelle Demongeot, l'ancienne épouse de l'ex-Premier ministre Marie-Laure de Villepin, l'auteur et scénariste Frédérique Hébrard pour ne citer qu'elles. A noter que les femmes de ce manifeste ont entre 18 et 87 ans.
Aux Etats-Unis, l’actrice afro-américaine Gabrielle Union avait levé le voile sur son viol lors d’une interview en face de la mastodonte du talk show Oprah Winfrey. Elle était vendeuse dans une boutique lorsqu'elle a subi cette agression. De même Jessica White, l’une des égéries de Victoria secret a créée une association pour les femmes victimes d’attouchements et de viol ayant vécu elle-même ce crime.
Une preuve de courage, de liberté d’expression et de combat. La parole est un acte salvateur là où le silence, que l’on s’impose ou qui nous est imposé, peut nous mener à notre propre perte, à la perte de notre foi en nous et en la vie, de notre foi en l’autre. 
Sonia Didri, correspondante de France 24, pendant son agression
Les journalistes et reporters de guerre n'hésitent pas non plus raconter leurs cauchemars sur le terrain en dénonçant les attouchements et agressions sexuelles qu'elles subissent en couvrant les événements à travers le monde. La britannique Natasha Smith  et Caroline Sinz de france 3 en Egypte, ou encore Sonia Didri correspondante de France 24 au Caire ont osé en parler.
 A noter que de nombreuses égyptiennes se disent victimes de harcèlements et attouchements sexuels réguliers dans les transports et lieux publiques. Et ceci, qu'elles soient voilées ou non. Comme quoi l'habit ne fait pas le viol! L'Egypte, le Mexique et l'Inde sont d'ailleurs les trois pays où les statistiques sur le harcèlement, les attouchements et viols sont les plus élevés et où un grand nombre de femmes avouent faire l'objet de nombreuses agressions sexuelles. Mais les chiffres sont généralement des indicateurs peu fiables, car les femmes ont souvent peur d'avouer ou de dénoncer leur viol puisqu'elles sont jugées responsables à côté de la pression familiale, religieuse, culturelle...et surtout sociale.


Aucune raison d’avoir honte, peur ou de culpabiliser pour ce qu’on a ni cherché, ni voulu, ni mérité, ni attendu. Le mal c’est l’autre! Aucun prétexte, aucune culture, aucune religion ne doit être un obstacle à la dénonciation du viol. Il faut sortir du rapport dominant-dominé, et montrer du doigt le vrai coupable : une société laxiste.


Un reportage de Paris match dans un village de Kulunga au Congo avait mis en exergue des femmes et enfants ayant survécu à des viols y compris collectifs, posant une main sur la joue (mise en scène ou non). Un geste qui ne peut que faire écho chez les lecteurs…c’est le langage corporel de la douleur…un geste fort et parlant. Un geste fort parlant…

On est seulement fautif à partir du moment où on reste indifférent. La mobilisation et la sensibilisation peuvent se faire à partir de rien pour devenir un facteur de changement . 
 C’est peut-être vain, banal ou insensé mais agir, quelque soit la portée du geste, permet de mettre la MAIN sur un problème, d’en parler, d’en faire parler et indirectement de combattre un acte nocif.
Briser le tabou, encourager les enfants, fillettes, jeunes filles et femmes à dénoncer, témoigner : poser une main contre le viol !
Reportage de Mariana Grépinet de Paris match: les femmes violées de Luvungi au Congo. 




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