lundi 11 avril 2011

Art et culture: les Blacks Panthers ressortent leurs griffes...


Pirkle Jones, Panthers, 1968.

...Et c'est à la B.A.N.K que ça se passe. On y retrouve exposés les travaux du photographe américain Pirkle Jones...mais aussi quelques clichés de la grande plasticienne nigériane Otobong Nkanga.

Cette exposition intitulée "The Western syndrome" passe en revue quelques photographies que Pirkle Jones a consacré aux membres du Black Panther Party mais également aux fermiers, cow-boys, hippies, ou autres nouveaux riches de l'Amérique profonde, et reflète la mainmise de l'homme sur la terre conquise, terre par la suite abimée, brûlée ou au contraire fertilisée, et reconstruite. Parallèlement, il y a certaines oeuvres de la nigériane Otobong Nkanga qui présente, à travers quelques clichés, un Nigéria déchiré entre modernisation et tradition et une société en pleine mutation face à une occidentalisation massive des cultures. Elle dénonce les excés de l'homme sur l'environnement et la vision désuète qu'il porte sur la société. Société qui ferme les yeux sur ses propres tares. Ses photographies déploient des paysages fragiles, souvent dangereux pour l'homme ou vice-versa, avec des habitations ou architectures entre abandon et construction, parfois même déconstruction, et souvent la sensation d'un bricolage grandeur nature, de maisons fantômes, d'environnements souillés par l'homme....

Le point commun entre les deux? Ce désir d'immortaliser une société, qu'elle soit américaine ou africaine, en perpétuel changement, de populations en perpétuelle occidentalisation...

Seul déception, d'abord du côté d'Otobong Nkanga, le visiteur pourrait regrettait de ne pouvoir découvrir davantages d'oeuvres de cette plasticienne 'talentueuse' comme c'est précisé dans les fiches de l'exposition. Car du talent, il y en a bel et bien dans l'univers de cette artiste nigériane qui maîtrise parfaitement l'art de capturer à travers des photographies (où elle se met parfois en scène), mais aussi des peintures, dessins, sculptures, films, ou installations techniques, la relation entre l'homme et la nature, entre l'homme et le monde qui l'entoure, entre l'homme et le monde qu'il choisit ou le monde qu'il subit. Les quelques clichés exposés ainsi que l'installation sculpturale posée au milieu d'une salle austère frustrent en ce sens qu'ils ne mettent pas suffisamment en valeur l'étendu du talent de cette plasticienne nigériane.
Dans la salle de projection au sous-sol de l'exposition; en fond, le film portrait consacré à Pirkle Jones et ses photographies.
De même pour ce qui est des photographies de Pirkle Jones, le public pourrait espérer y découvrir une meilleure représentation des soixante ans de carrière photographique que Pirkle Jones a passé en Californie où il y a notamment immortalisé les fameux militants du Black Panthers. Mais à l'arrivée, il n'y a qu'une douzaine de photographies en petits formats montrant ses travaux en général, avec sur l'ensemble uniquement deux clichés de grandes tailles représentant les Black Panthers. Et concernant ces derniers, seul une toute petite partie des travaux qu'il leur a consacré, est exposée, l'autre partie ayant déjà été présentée en 2006.
Pas d'énormes découvertes ou d'agréables surprises en somme, ni même de photos inédites, au contraire une grande déception concernant le cadre minimaliste et résolument austère de la salle, l'atmosphère du lieu, et surtout le peu de clichés dédiés aux Blacks Panthers.


Certes l'exposition comme son nom l'indique 'The Western Syndrome' n'est pas un hommage à ces derniers (même si certaines affiches de l'exposition peuvent induire en erreur) sinon une mise en relief de deux regards croisés sur l'occident et sa culture influençant le monde entier, et sur l'homme et ses actions sur la nature. Mais concernant Pirkle Jones, l'un des rares photographes qui a pu approcher de près les Black Panthers, obtenir leur confiance, et les suivre avec son ex- femme Ruth-Marion Baruch, pendant quatre mois de Juillet à Octobre 1968, pouvoir admirer plus d'oeuvres sur ce thème aurait été enrichissant. En effet, le couple d'artistes avait réalisé une grande série de photographies sur cette organisation politique avec la volonté de contre balancer le lynchage médiatique de l'époque visant à discréditer ces militants révolutionnaires en les faisant passer pour des voyous, hors-la loi, criminels et dangereux subversifs de l'ordre public. Les ex-époux Jones ont choisi de faire une immersion dans leur organisation et de les montrer sous un point de vue objectif. Leurs photographies reflètent la dignité et l'humanité qui habitaient les jeunes révolutionnaires de cette organisation controversée et, par la même occasion, met en relief des thèmes universels comme ceux relatifs à la famille, à l'engagement, et l'espoir voire la recherche d'un futur meilleur, ou d'un monde meilleur. Thème que l'on retrouve aussi chez Nkanga. D'où la déception de ne pas trouver une plus grande représentation de leurs travaux respectifs.

Petite consolation, au sous sol, le visiteur pourra visionner une projection d'environ 20 minutes consacré à Pirkle Jones (décédé le 15 mars 2009) qui raconte son parcours tout en noir et blanc dans un style Arte die nacht (la Nuit Arte, pour les insomniaques!). Et le visiteur, peut même s'il le souhaite repartir avec un poster des Black Panthers...à 5euros, histoire de compenser la frustration. Elle n'est pas belle, la vie?
Les oeuvres de Pirkle Jones, à l'entrée de l'exposition.
Projection du film-portrait consacré à Pirkle Jones, avec un défilé de ses photographies.
...en communion avec les images, on s'y noierait presque.
Atmosphère filmique hypnotisante.                                          
Photograhie d'Otobong Nkanga...Insolite!

Photographie de Otobong Nkanga...Nature et pollution (pollution chimiques, physiques et publicitaires)...On note le contraste entre les panneaux publicitaires qui incitent à la consommation et les conséquences néfastes de cette même consommation sur la nature.

Il faut rappeler qu'il s'agit là de la dernière exposition tenue au 42 rue Volta, dans le 3e  arrondissement de Paris avant que  la B.A.N.K n'investisse un nouveau lieu en Juin pour plus d'expositions et d’évènements. Ce qui est une nouvelle intéressante car le cadre de cet endroit ne permet peut être pas d'accueillir autant d'oeuvres que le visiteur pourrait l'espérer. En attendant, chacun sera libre de se forger son opinion jusqu'au 28 mai 2011 et, information non négligeabe, l'entrée est gratuite et ouverte à tous, comme pour beaucoup d'expositions. 


Vive l'art...l'art de vivre l'art!


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