samedi 16 juillet 2011

12 ans....et maîtresse d'école!

La jeune fille en plein cours.
Qui a dit qu'on ne pouvait pas être maîtresse de son destin en étant encore qu'une enfant...ou encore maîtresse d'école? L'histoire se passe en Inde et met en scène une petite fille du nom de Bharti Kumari. Elle fut abandonnée petite fille près des dangereuses rails des chemins de fer de Bihar, l'un des états les plus pauvres d'Inde avant d'être recueillie par un paysan et sa femme. Dans son village, Kusumbhara, tous appartiennent au groupe des intouchables ou dalits (opprimés), cette population exclue par les quatre principales castes socio-religieuses du pays les brahmanes, les kshatriya, les vaishya, les sudras, car considérée comme impure, et reléguée aux tâches dégradantes ou les moins bien rémunérées. Cela n'empêchera pas la petite fille de rêver à des meilleurs lendemains et surtout à un présent noble avec le soutien de ses parents adoptifs. 

C'est ainsi que tout en ayant la chance d'être scolarisée dans une école même à plus de 3km de chez elle qu'elle rejoint à la marche, Bharti enseigne parallèlement, et cela tous les jours (et soirs), à l'ombre d'un manguier -ce qui va inspirer le titre de son livre "Mon école sous un manguier"- l'hindi, l'anglais et les maths à 50 élèves âgés de 4 à 10 ans qui n'auraient jamais eu l'opportunité d'avoir accès à l'éducation de par leur statut social. Evidemment à son âge, la petite fille n'a pas encore toutes les connaissances et le professionnalisme nécessaire d'une enseignante adulte aguerrie, mais le fait d'avoir accés à la scolarisation lui permet de progresser tout en améliorant les méthodes et le contenu de ses cours.
 Bharti est une petite fille combative qui malgré son environnement et son histoire ne s'est pas laissée condamner à des tâches subalternes associées à son groupe. La volonté est son moteur. Volonté d'apprendre et de faire apprendre. Volonté de réussir et de faire réussir. Et ceci, malgré les coups bas de la vie. Sa mère adoptive, la petite Bharti la perdra lors d'un incendie qui ravagera son village entier. Cette maman qui l'avait élevé, tant chéri et encouragé dans ses balbutiements de jeune enseignante et ses désirs d'apprentissage, la petite Bharti la verra partir dans les flammes. Ce choc aura deux impacts significatifs dans sa jeune vie. Le 1er  réside bien évidemment dans la dureté et les conditions du décès de sa mère et le 2nd dans le pourquoi de sa mort. En effet, sa mère en voyant sa maison prendre feu, y pénétrera selon les témoins de la scène dans l'espoir de récupérer les économies cachées sous un amas d'objet. Pourtant Bharti reste convaincu que si sa mère s'est jetée dans leur maison enflammée, c'était avant tout pour pour sauver ses affaires d'écolières et d'enseignantes. Ce qui la marquera profondément. Son père qui avait alors essayé de sortir en vain son épouse des flammes s'en sortira avec de graves brûlures. 

Cet épisode traumatisant de sa vie la poussera  à s'engager davantage dans sa mission d'enseignante et amplifiera l'amour qu'elle a toujours ressenti pour sa mère. "Je l'ai toujours considérée comme ma maman, jamais en tant que mère adoptive, et je l'adorais". A l'école, elle avait pourtant l'habitude d'encaisser les railleries cruelles de ses camarades qui  la traitaient de "bâtarde trouvée dans une poubelle" et "abandonnée par une prostituée". La petite fille ne s'en laissera cependant pas conter et va développer son altruisme qui la poussera à vouloir transmettre le savoir aux enfants n'y ayant pas accés. Parce qu'elle porte en elle cette passion des études et est consciente de leurs importances pour échapper à cette pauvreté et s'en sortir tout court. Elle veut être quelqu'un et non une exclue. 
Elle est passionnément amoureuse de l'école. Et ceci, malgré les kilomètres qui la séparent de celle-ci et la singularité de son instituteur souvent ivre, parfois violent quand il ne s'endormait pas en plein cours. Sans parler de la pédagogie plus que douteuse de cet enseignant loufoque: " il nous faisait répéter des mots ou des chiffres pendant des heures. Nous n'avions ni crayons, ni cahiers, ni ouvrages scolaires" fit remarquer Bharti. D'ailleurs, entre deux enseignements à sa classe, elle se fera quelquefois un plaisir de l'imiter pour détendre ses élèves. A cette période, les livres que lui rapportent son père vont l'aider à aller plus vite que le rythme de l'école, et acquérir plus de mots avec les images légendées en anglais et hindi. C'est de là que sa volonté de "partager ses découvertes" va naître. Au tout début de l'aventure, seulement 5 élèves, puis 8, bientôt ils seront une douzaine, avant d'être rejoint par des dizaines d'autres enfants. Les mères enthousiastes et fières se mettront à leur apporter des goûters et des nattes pour le confort. "Moi, la petite adoptée, j'avais soudain la sensation d'être respectée et je me sentais responsable de l'éducation de
L'histoire de la jeune enseignante relatée dans ce livre
mes élèves ", confia-t-elle dans le timesonline.uk. Mais la jeune maitresse formée sur le tas est de temps en temps confrontée à ses lacunes : en arithmétique, elle ne sait pas grandchose du fait de son instituteur farfelu et souvent "mentalement" absent. Il va d'ailleurs finir par abandonner les cours. 
Son père à sa sortie d'hôpital, entreprit la reconstruction de leur maison car les familles du village vécurent toutes sous des tentes après l'incendie. Cette situation ne découragea pas la petite qui continuera à fournir des cours avec le soutien d'une institutrice d'une ville voisine charmée par son courage et à qui elle dispensera des cours de mathématiques. Une association humanitaire lui offrira également de nouveaux livres. Mais c'est un reporter du nom de Kamlesh Kumar, venu recueillir des témoignages sur l'incendie et ainsi solliciter l'attention des autorités sur le sort de ces populations démunies, qui va donner un véritable coup de pouce dans la vie de la gamine. Quand les habitants du village lui parlent de cette petite fille prodige, il est très vite intrigué. Il l'a retrouvera l'air abattu devant les ruines de sa maison. Quand il l'approche et l'interroge délicatement, elle sort de son silence et relate dans un flot de paroles limpides l'incendie, sa mère morte dans les flammes, son père grièvement brulé en tentant de la libérer, sa dure situation. Le journaliste sera interpelé par la maturité de la jeune fille. Il ne l'oublira pas. Grâce à ses articles, une école privée d'une ville voisine propose d'accueillir gratuitement la petite et de l'héberger à l'internat pour lui éviter le déplacement à pied. Son père est ravi mais la jeune fille moins enthousiaste. Que vont devenir ses élèves, si elle s'en va? Elle s'organise alors pour continuer à enseigner le soir. Ce qui représente également pour elle une forme de révision. Elle progresse tout en enseignant. Son but ultime? Devenir enseignante quand elle sera grande...ce qu'elle est déjà et de manière brillante: une grande enseignante.

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